J'ai 30 ans. Je suis depuis une dizaine d'années convertie à l'Islam.
J'ai décidé de créer ce blog afin de faire partager mon quotidien (pas toujours aisé) de femme musulmane, voilée, et issue d'une famille française, non musulmane.
Mon objectif premier n'est pas de parler d'islam en tant que religion (d'autres sont nettement plus compétents que moi pour cela), mais de parler de ce que je vis tous les jours en tant que femme
voilée, en tant que musulmane convertie. Non pour me plaindre et me lamenter, mais plutôt pour informer, donner une vision singulière et subjective.
Ce blog est un témoignage.
Il s'adresse à tous, musulmans ou non, ayant des affinités ou non avec l'islam. Il est aussi bien pour des convertis qui traversent les mêmes situations que moi, que pour des gens qui
ne connaissent absolument pas l'islam, pour leur donner une idée de notre quotidien, loin des clichés et des préjugés alimentés par l'ignorance.
Pour finir, ce blog est une trace que je laisse à ma famille afin que mes proches puissent mieux me connaître et mieux comprendre mes choix. Je nourris l'espoir qu'un jour, ils "tombent" dessus
par hasard, ou que j'ai le courage de leur montrer...
Je vous invite à me suivre, tout au long de mes aventures...
Dimanche 28 décembre 2008
Avant de vous parler de mon quotidien, il serait bon que je vous raconte un petit peu mon parcours et notamment ma conversion afin que vous ayez une idée du
contexte dans lequel je vis actuellement.
Je suis issue d'une famille destructurée, avec des parents divorcés très tôt, des écarts d'âges très importants avec mes frères (faisant que j'ai été élevée quasiment seule avec ma mère), des
oncles, tantes et grands-parents absents.
J'ai traversé dans mon enfance et mon adolescence des épreuves plutôt difficiles et cela m'a rendue très tôt indépendante. Je suis d'ailleurs partie de chez ma mère à 18 ans.
C'est à partir de là que j'ai commencé à me construire, à faire des rencontres, bonnes ou mauvaises, mais décisives pour mon avenir. Je me suis orientée vers les carrières sociales, vocation que
j'ai eu dès l'enfance, et c'est par le biais d'une association que j'ai fait connaissance avec l'islam.
Participant à un chantier humanitaire en Afrique, je suis partie en juin 1997 dans un village au fin fond du Sénégal.
Je peux maintenant dire qu'il y a eu un AVANT et un APRES Sénégal.
A suivre....
Dimanche 28 décembre 2008
Ce voyage je l'attendais depuis des mois et je m'y étais bien préparée. C'est pourquoi, personne (ni les membres de l'association ni moi-même) n'a compris
pourquoi à quelques jours du départ, je fus pris d'une telle angoisse à l'idée de partir...
Non, je ne voulais plus y aller, j'étais terrifiée rien qu'en y pensant. J'en ai parlé à mon responsable qui n'a rien voulu savoir, me rappelant mon engagement et m'expliquant que toutes les
formalités étaient déjà accomplies. Réaction intelligente car il m'a mise face à mes responsabilités et m'a empêchée de fuir lâchement.
Vue l'incidence de ce voyage sur ma vie actuelle, je ne peux que lui en être reconnaissante !
Et me voici au Sénégal, en ce mois de juin 1997, alors que je fêtais mes 19 ans.
Après cette peur panique du départ, je fus surprise de ma capacité d'adaptation une fois là-bas.
Pays et culture qui m'étaient jusqu'alors complétement inconnus et pourtant où je me sentais comme chez moi... et tellement sereine. Tant et si bien que rapidemment je passai plus de temps avec
les autochtones qu'avec mes collègues, et semblai apprendre les us et les coutumes avec une facilité déconcertante.
Le village dans lequel nous étions se trouvait en bordure du désert, à la frontière mauritanienne. Les gens y vivaient sereinement et traditionnellement dans un confort minimal : des points d'eau
dans le village remplaçaient le puit, mais les robinets fonctionnaient entre 10 et 11h le matin, quant à l'électricité , elle arrivait jusqu'au village, mais tous les habitants n'y étaient pas
raccordée.
J'ai vécu durant deux semaines (qui m'ont paru des mois) au rythme de la nature (repos obligatoire à partir de 12h jusqu'à 16h en raison d'un soleil ardent et de plus de 40°c à l'ombre, ou de
tempêtes de sable), au rythme des appels à la prière (le village n'était composé que de musulmans qui arrêtaient toute activité aux heures de prières) et aux rythmes des discussions et des
invitations chez les villageois.
Bref, un séjour idyllique...et pourtant, ce n'était pas les vacances en club med ! La nuit, je dormais dehors dans une cour, sur un matelas fin. Le matin,
réveil à 5h avec le muezzin et son appel à la prière. La matinée était consacrée au chantier (j'étais quand même là pour cela !) et après le déjeuner, repos (sieste ou plus souvent discussions
interminables au pied des arbres avec nos hôtes. En fin d'après-midi, nous rattaquions le chantier, puis c'était le moment "détente" : douche (au seau) tous les 2 jours car l'eau était rationnée
(ou, selon les besoins, lessive), balade dans le village, les alentours ou chez l'habitant...
Un confort minimal et quelque peu inhabituel pour moi (les toilettes étaient une petite cabane avec un trou creusé profondemment et une théière remplie d'eau en guise de papier... je peux vous
assurer que je n'ai pas attrapé la tourista !!) mais une hospitalité, une humanité chez les gens qui dépassaient tout ce que j'avais pu connaître jusqu'à présent. Que de richesse humaine
j'ai pu cotoyer !
Et puis est venue l'heure du départ, et son lot de tristesse.
Tout comme j'ai été envahie d'une angoisse terrible en quittant la France, j'ai ressenti un déchirement profond en partant du Sénégal. J'ai eu la sensation d'y laisser quelqu'un que je venais
juste de retrouver après l'avoir toujours cherché...j'ai eu la sensation d'y laisser une partie de moi que je venais de découvrir.
Et c'est cette impression qui me donnera l'envie, à mon retour en France, de faire le point sur ma vie et sur ma spiritualité.
à suivre...
Le retour en France fût violent... Autant je me suis très rapidemment adaptée à la vie sénégalaise, autant j'ai eu des difficultés à reprendre mes habitudes de
retour chez moi.
Quelque chose avait changé en moi : comme une porte que j'avais ouverte et que je n'arrivais pas à refermer. Je me tenais là, sur le seuil, une envie pressante de franchir le pas, mais une
angoisse m'en empêchait. Ce sentiment de sérénité que j'avais eu au Sénégal d'où venait-il ? C'est comme si j'avais toujours vécu là-bas et pourtant cette culture était aux antipodes de ce que
j'avais connu jusqu'à présent. Et cette spiritualité, cette sagesse qui m'ont tant plu... à moi, élevée par une mère athée et profondément hostile à toute forme de religion !
J'entrais à ce moment-là dans une période de confusion, à tous les niveaux : ma mission dans l'association se terminait et il fallait que je trouve un autre travail ; j'étais dans une situation
familliale plutôt compliquée ; je me rendais compte qu'autour de moi les gens m'apportaient plus de problèmes qu'autre chose... bref, j'étais pour le moins déboussolée et sans repères. Et rien à
quoi me rattacher !
Et puis toujours cette sensation de manque en moi, ou plutôt d'absence. J'ai alors commencé à me questionner sur ma spiritualité, et plus précisemment sur ma relation à elle. Oui, je croyais en
la Nature dans le sens où elle possédait un pouvoir nous dépassant, mais je ne mettais aucun concept religieux derrière cela. Pour ce que je connaissais de la religion ! Quelques cours de
cathéchisme suivis pour "faire plaisir à mon père" (catholique pratiquant), un passage éclair en école catholique (qui m'a plus fait fuir la religion qu'autre chose), rien qui ne me donne envie
d'en connaître davantage sur la religion.
Et pourtant à cette période, je ressentais le besoin de me familiariser avec Dieu et avec les différentes façons de le glorifier. C'est ainsi que je me suis mise à potasser tout ce que je
trouvais en rapport avec la foi et les religions.
C'est aussi à ce moment-là que je commençai, comme par hasard (?) à travailler dans une école juive (c'est l'éducation nationale qui m'a proposé le poste après ma candidature pour les
emploi jeune).
Etant une partisane de la diversité et de l'échange interculturel, j'ai saisi l'occasion de cet emploi, pour mettre en place une correspondance entre l'école sénégalaise dans le village
musulman où j'étais allée et l'école juive dans laquelle j'étais embauchée. Projet qui, ceci dit en passant, fût une réussite malgré beaucoup de réticences au début. Enfin bref, pour mener à bien
cet échange, il fallait que je me documente à fond sur le Sénégal et sur l'Islam (car en plus de la simple correspondance écrite, je faisais une initiation à la culture et à la religion).
Et c'est tout ce travail de recherche pour mes cours qui me conduira naturellement vers ma nouvelle religion.
A suivre...
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